LE CLOPORIUM ou FUMOIR PARADOXAL 1999 - 2003

Université Henri Poincaré, Nancy 2002

Isabelle-Plat
 
LE CLOPORIUM
vue nord-est
Maître d'ouvrage :
Université Henry Poincaré / Nancy

Objet de la commande :
Le 1% doit offrir aux étudiants un lieu de rencontre assis/debout, partiellement couvert. (Il est souhaité que le projet attire les fumeurs dehors)

 


Isabelle-Plat

 


 
LE CLOPORIUM
Mode d'emploi du CLOPORIUM comme fumoir paradoxal:

*Le kiosque

- Entrez sous ce toit triangulaire, vous vous placez sous le signe du danger; au centre de ce triangle rouge de signalisation, la fumée de la cigarette a la forme d'un champignon atomique, message subliminal d'irradiation.

- Dans cet espace gardez cependant votre liberté; si le triangle égale le danger, il se différencie de l'interdiction signalisé par le cercle.

 

Isabelle-Plat
 
LE CLOPORIUM
Mode d'emploi du CLOPORIUM comme fumoir paradoxal :
*Sièges

- Installez-vous dans le cendrier jaune, asseyez-vous sur le rebord, prenez la place de la cigarette; vous êtes peut-être en train de vous consumer !!!

 

Isabelle-Plat
 
Mode d'emploi du CLOPORIUM comme fumoir paradoxal:

*Les cendriers

- Mettez la cendre de votre cigarette dans la trachée-artère des poumons-cendriers :
votre geste met en scène la destruction de l'appareil respiratoire et vous confronte à la gestion de votre propre corps.

 

Isabelle-Plat-Cloporium
 
LE CLOPORIUM

- Je réinvente plastiquement une des problématique du lieu.
- Entre liberté et prohibition, le «Cloporium» répond par responsabilisation.

 

Isabelle-Plat-Cloporium

 

CLOPORIUM (FUMOIR PARADOXAL)

Université Henri Poincaré, Nancy 2002
Une sculpture environnementale d'ISABELLE PLAT

-Le CLOPORIUM est un lieu de convivialité ou fumeurs et non-fumeurs peuvent se retrouver ; l'humour faisant le lien.


- Ici l'art participe à « la réalité » de ceux qui vivent avec. En s'y réunissant, les fumeurs expérimentent à chaque fois de manière concrète et physique les plaisirs et les dangers du tabac…


- Elle exprime sans fanatisme une controverse de la société d'aujourd'hui. À la question, liberté ou prohibition, le CLOPORIUM répond par responsabilisation.


Le CLOPORIUM se compose de 3 types d'objets à utiliser

- Un panneau géant de signalisation triangulaire où figure une cigarette, à usage de kiosque.
- Un cendrier géant, jaune et triangulaire, (objet archétype d'une époque des cafés-tabac français) à usage de siège.
- Six paires de poumons géants à usage de cendrier.


Mode d'emploi du CLOPORIUM comme fumoir paradoxal

*Le kiosque
- Sous ce toit triangulaire, vous vous placez sous le signe du danger. Au recto et au verso, la fumée de la cigarette dessinée au
centre du triangle rouge de signalisation, a pris la forme d'un champignon atomique, message subliminal d'irradiation.
- Vous êtes cependant dans un espace de liberté. Ce toit n'a pas la forme circulaire du panneau d'interdiction.

*Sièges
- Installez-vous dans le cendrier jaune, asseyez-vous sur le rebord et prenez la place de la cigarette. Vous êtes peut-être en train de vous consumer…

*Les cendriers
-Mettez la cendre de votre cigarette dans la trachée-artère des poumons cendriers. Votre geste met en scène la destruction de
l'appareil respiratoire et vous confronte à la gestion de votre propre corps…

Genèse du CLOPORIUM

Le comité de pilotage a proposé une fonction au projet, en demandant aux artistes invités à concourir de : "Offrir aux étudiants un lieu de rencontre assis-debout dont une partie abritée par une structure légère".
Une fonction pour l'art; voilà une proposition qui tout en me passionnant m'intrigue. En effet communément l'art est considéré comme valeur proprement esthétique bien au-dessus des valeurs d'usage. Et comme je travaille toujours un projet en fonction de la vie du lieu, j'ai fini par apprendre que l'Université aspirait à résoudre un problème de vie lié au tabac sur l'espace du campus.
Je n'ai pas la prétention utopique de vouloir résoudre avec l'art ce problème qui dépasse d'ailleurs largement l'espace de l'Université. Néanmoins je décide de le prendre pour sujet et de concevoir un fumoir paradoxal intitulé CLOPORIUM afin de "retrouver une continuité entre l'expérience esthétique et les processus normaux de la vie".

Ce choix me permet d'expérimenter 3 aspects de mon travail aujourd'hui

- N°1. Comment s'essayer à un "art démocratique" ?
Concevoir une oeuvre d'art destinée à l'espace public est l'occasion pour moi d'accompagner ceux qui cherchent un chemin vers toujours plus de démocratie…

Je vais préciser cette idée, essentielle pour moi, en vous racontant une histoire New-Yorkaise du début des années 80. Richard Serra installe sa sculpture "Tilted Arc" sur la Federal Plazza. Un mur courbe d'acier coupe littéralement la place en deux obligeant à une circulation autour de la sculpture qui doit, selon Serra, changer la perception de l'oeuvre et du lieu. Mais les occupants des gratte-ciel alentour, malgré leurs diversités culturelle et sociale, ressentent en grande majorité la présence de cette sculpture comme une atteinte à leur vie quotidienne et à leur liberté de mouvement. Surnommée "mur de Berlin" elle n'a ni raison d'être, ni sens pour eux. À l'occasion d'un
procès qui a conduit au retrait de la sculpture, Serra soutenu par le monde de l'art a déclaré, " je ne crois pas que la fonction de l'art est d'être plaisant" et encore "l'art n'est pas démocratique. Ce n'est pas pour le peuple".
Si je suis bien consciente que la vocation de l'art n'est pas d'être populaire, je me pose des questions à propos du "fait du prince" financé par l'argent public dans une démocratie. Comment échapper à cette dualité; ne pas faire de concessions à l'encontre de ce qui est une vraie question artistique et ne pas se comporter en soi-disant être supérieur qui impose aux autres son "génie" ? Comment échapper à ce "nouveau despotisme" qui peut s'exprimer
avec l'art public ?
Je crois que la solution pour l'art public se trouve dans le regard et l'attention que l'artiste porte à la vie du lieu, des gens qui l'occupent. Et il y a toujours une clef de lecture accessible au plus grand nombre si quelque chose concernant directement la vie du lieu est pris en compte dans la conception. L'important étant d'ouvrir à tous ceux qui acceptent de s'y prêter de nouvelles perspectives à propos de leur relation toute personnelle avec le monde.
Ce choix, cette attitude basée sur le respect des gens, fait partie intégrante de mon projet artistique en général.

- N°2. L'usage construit et donne son sens au CLOPORIUM.
"Usage" ne veut pas dire pour autant que ces objets sont "interactifs" ou qu'ils relèvent d'une idéologie de "participation". Leur usage répond simplement à des besoins élémentaires, existant sur le site.
Les 3 types d'objets composant le CLOPORIUM n'en sont pas pour autant anodins. En effet chacun d'eux se voit attribuer ici une nouvelle fonction, sans pour autant que leur sens premier soit perdu. Cette combinaison conduit à une expérience émotionnelle et mentale qui place l'utilisateur du CLOPORIUM face à ses responsabilités individuelles.
La simplicité d'accès à l'objet artistique grâce à la médiation d'un usage réel ou mental, m'intéresse depuis des années… Avec toutes les interrogations que cela soulève !!!

- N°3. Singulariser des objets communs pour un univers mental différent.
Vous allez vous abriter sous l'objet public (panneau de la route) et poser votre postérieur sur l'objet de pub (cendrier publicitaire de café). Mais ce dernier n'appartient de toute façon pas au "branding" des grandes marques. J'ai comme toujours à l'inverse des artistes du Pop art, choisi des objets extérieurs à cette culture afin de créer un espace qui en reste protégé…
De plus, ces objets choisis pour leur signifiant, je les retravaille afin de les adapter formellement aux besoins même du projet. Pour l'usage bien sûr, mais surtout, pour leur apporter une identité spécifique. Par exemple, j'ai dessiné la fumée de la cigarette en lui donnant la beauté diabolique du champignon atomique, pour l'idée, mais aussi pour qu'elle ne ressemble surtout pas au graphisme qui existe sur les panneaux d'interdiction de fumer. Je recherche cette identité, cette singularité par souci de personnaliser notre quotidien.
En effet dans notre société où ce sont les mêmes images qui occupent l'espace de la rue, de la presse, du sport, de la culture etc., il est important de pouvoir "métaphoriser" quelques-unes de ces images pour agrandir, creuser notre espace mental. Cela correspond sûrement à un besoin d'évasion et de liberté face à l'environnement quotidien.
Ce désir peut se partager avec les autres…


Paris février 2002

 
 
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